Le Comité de pilotage de la Réforme foncière agricole s’est réuni ce mardi 22 septembre 2026 pour sa troisième session. À l’ordre du jour : l’examen et la validation de l’avant-projet de Loi foncière agricole et de la stratégie chargée de lui donner vie. Un tournant pour un secteur où la terre reste à la fois la principale richesse et la première source d’incertitude.
Qui cultive la terre, et à quel titre ? Pour des milliers de producteurs guinéens, la question n’a rien de théorique. Elle conditionne l’envie d’investir, la possibilité d’emprunter et, parfois, la paix entre voisins. C’est pour y apporter une réponse durable que le ministère de l’Agriculture conduit, depuis plusieurs mois, une vaste Réforme foncière agricole (RFA). Ce mardi 22 septembre, le chantier a franchi une étape décisive.
La Direction nationale du foncier rural et du patrimoine agricole (DNFR-PA) a réuni pour la troisième fois le Comité de pilotage de la réforme. Autour de la table, Oumar Barry, secrétaire général du ministère de l’Agriculture, qui présidait les travaux, son homologue du ministère de l’Urbanisme, Sékou Ahmed Keïta, ainsi que plusieurs cadres des deux départements. Leur mission : passer au crible deux documents appelés à structurer l’avenir du foncier rural, l’avant-projet de Loi foncière agricole (LFA) et la Stratégie nationale de mise en œuvre de la Politique foncière agricole (PFA).
Avant d’entrer dans le vif du sujet, le secrétaire général a tenu à rappeler le chemin parcouru. La Politique foncière agricole n’est pas sortie des seuls bureaux de l’administration : elle a été nourrie par dix ateliers nationaux de concertation, qui ont mobilisé près de 500 participants. Autant de voix venues enrichir un texte qui touche au quotidien du monde rural.
Le travail ne s’est pas arrêté là. Pour éviter que deux logiques ne se contredisent sur un même territoire, la PFA a été harmonisée avec la Politique foncière nationale, en concertation avec le ministère de l’Urbanisme. D’où la présence, à cette session, de son secrétaire général.
Le calendrier s’est accéléré ces derniers mois. Validée lors d’une réunion nationale le 11 mai 2026, la Politique foncière agricole a ensuite été adoptée en Conseil des ministres le 3 septembre. Elle constitue désormais le cadre de référence de la réforme.
Reste à lui donner force de loi. C’est tout l’enjeu de l’avant-projet examiné ce mardi : traduire les 76 mesures de la PFA en dispositions législatives. En parallèle, la Stratégie nationale doit fixer la feuille de route opérationnelle autour de trois priorités : sécuriser les droits fonciers agricoles, améliorer la gestion des terres et préserver les espaces agricoles face aux pressions qui s’exercent sur eux.
Au-delà des procédures, c’est un levier majeur du développement agricole guinéen qui se joue. Dans de nombreuses zones rurales, les droits sur la terre reposent encore largement sur la coutume et la parole donnée, rarement sur un document reconnu. Cette fragilité pèse lourd. Un producteur qui n’est pas sûr de conserver sa parcelle hésite à planter des arbres fruitiers, à aménager une rizière, à creuser un puits ou à installer un système d’irrigation. Sécuriser les droits, c’est d’abord redonner confiance à celui qui travaille la terre.
Cette sécurité ouvre aussi la porte du financement. Un droit foncier clairement établi peut rassurer les banques et les institutions de microfinance, et faciliter l’accès au crédit pour moderniser les exploitations. Le même raisonnement vaut pour les investisseurs, guinéens comme étrangers, qui recherchent des règles lisibles avant de s’engager dans l’agro-industrie ou la transformation.
La future loi pourrait également contribuer à apaiser les tensions. Les litiges fonciers, entre familles, entre communautés ou entre agriculteurs et éleveurs, figurent parmi les sources de conflits les plus fréquentes en milieu rural. Des règles claires et des mécanismes de gestion reconnus par tous offriraient un cadre pour les prévenir et les régler.
Enfin, l’enjeu est aussi celui de la préservation des terres. Avec l’avancée des villes et la multiplication des projets d’infrastructures ou d’exploitation des ressources, les meilleures terres cultivables sont exposées. Protéger les espaces agricoles, c’est protéger la capacité du pays à se nourrir lui-même et à réduire sa dépendance aux importations alimentaires. Une réforme réussie pourrait aussi mieux garantir l’accès à la terre des femmes et des jeunes, qui jouent un rôle central dans la production mais peinent souvent à obtenir des droits reconnus.
Encore faudra-t-il que le texte, une fois adopté, soit connu, compris et appliqué jusque dans les villages. C’est tout l’objet de la stratégie de mise en œuvre, et ce sera le véritable test de la réforme.
La Réforme foncière agricole est financée par le gouvernement guinéen en partenariat avec l’Agence française de développement (AFD), à travers le projet ASAF/C3. Son pilotage est assuré par le ministère de l’Agriculture, via la DNFR-PA. Prochaine étape attendue : la finalisation de l’avant-projet de loi avant son parcours vers l’adoption.